Filiale du groupe lyonnais Serfim, Nouvetra développe ses activités dans trois secteurs : ouvrages d’art, assainissement et tunnels. Cette PME d’un peu moins de 100 salariés, basée à Meyzieu dans la Rhône, est spécialisée dans les métiers de la réparation et de la rénovation. Entretien avec son vice-président Jacques Poncet.

« Nous avons réussi à équilibrer nos différentes activités et c’était essentiel. »

Entreprendre en Souterrain : Sur quelles activités la société Nouvetra se positionne-t-elle ?

Jacques Poncet : Nous avons trois domaines d’activités : les tunnels, les galeries et collecteurs visitables des réseaux d’assainissement et les ouvrages d’art qui représentent chacun environ un tiers de notre chiffre d’affaires de 22 M€. Nous avons réussi à équilibrer nos différentes activités et c’était essentiel. Il y encore 20 ans, 70 % de notre chiffre d’affaires provenait du ferroviaire. Nous ne pouvions pas rester aussi dépendants d’un seul secteur.
Notre particularité est également d’avoir fait le choix d’un positionnement sur les métiers de la réhabilitation, réparation et rénovation. Nous n’intervenons pas sur des projets à construire. Ce choix est stratégique car il y a moins de concurrence en rénovation/réparation.

EES : Pouvez-vous nous détailler l’activité tunnels ?

J. P : Sur ce volet, nous avons toujours une forte activité sur le ferroviaire avec la SNCF, même si nous faisons aussi de la rénovation de tunnels routiers, autoroutiers et fluviaux. Ce sont généralement des chantiers importants pour lesquels nous intervenons partout en France. Pour le ferroviaire, l’organisation des chantiers est primordiale. Il faut savoir gérer les hommes et le temps car nous travaillons souvent sur des lignes en service. Le client exige bien sûr de tenir les délais et nous sommes aussi souvent amenés à intervenir sur des créneaux horaires précis, notamment la nuit et le week-end.
En septembre et octobre 2017, nous avons réalisé un chantier sur la ligne Paris-Château Thierry dans le tunnel de Chézy-sur-Marne. Long de 408 m dont 108 m en travaux, ce tunnel a mobilisé 50 compagnons, hors travaux de sous-traitance, encadrés par trois conducteurs de travaux dont deux de Nouvetra. Ce chantier de 12 000 heures de production a généré 1,8 M€ de chiffre d’affaires. Quelques chiffres pour mesurer l’ampleur du chantier : un décapage haute pression sur 1 900 m2, 450 mètres de forage, la pose de 1 900 m2 de treillis soudés, 850 tonnes de béton projeté…
Autre exemple à la même période dans les Hautes-Alpes avec le tunnel du Col de Cabre long de 3 764 mètres. Les travaux portaient sur une portion de 261 m qui a nécessité 9 000 heures de production par 32 compagnons, deux chefs de chantier et deux conducteurs de travaux. Là aussi, les données chiffrées sont impressionnantes : un décapage haute pression sur 4 440 m2, 660 m de forage, la pose de 4 440 m2 de treillis soudés et 1 300 tonnes de béton projeté.

EES : Quelles sont les spécificités des chantiers sur les tunnels ferroviaires ?

J. P : Comme vous avez pu le constater avec les deux exemples cités, ce sont des chantiers où il faut pouvoir mobiliser beaucoup de main d’œuvre et beaucoup de matériels sur un temps relativement court. Les conditions de travail sont particulières car nous avons besoin de trains travaux pour transporter nos machines et outils. L’environnement oblige aussi à développer notre propre matériel car nous ne trouvons pas en location les outils adaptés. C’est ainsi que nous avons fait fabriquer nos propres scies et que nous possédons nos propres silos horizontaux pour le stockage du ciment.

EES : Et quelles sont les techniques mises en œuvre ?

J. P : Nous maîtrisons un ensemble de techniques complexes telles que l’hydrodécapage et l’hydrodémolition, le rejointement, les coques béton armé ou fibré, l’injection de collage, de régénération et de terrain, l’injection de résine, le renforcement de structures…

EES : Parlez-nous maintenant de vos activités en assainissement ?

J. P : La réhabilitation de galeries et de collecteurs visitables présente aussi des spécificités car il s’agit d’un milieu confiné. Le personnel qui travaille dans des collecteurs de petite dimension doit avoir été formé pour intervenir dans cet environnement. Pour ne pas interrompre l’exploitation du réseau, nous maîtrisons les techniques de déviation des effluents, à l’intérieur ou à l’extérieur des ouvrages. Les marchés en assainissement sont de plus en plus conséquents.
Nous avons débuté en groupement un chantier de 3,5 M€ à Aurillac et nous démarrons un autre chantier du même montant sur le quai d’Herbouville à Lyon. Dans ce secteur, je me souviens d’un chantier assez hors-norme compte tenu de sa situation géographique.
Dans le cadre de la réhabilitation de 1 450 mètres du collecteur Marceau, qui se situe entre la place Charles de Gaulle et la place du Maréchal Juin, nous avons réalisé le génie civil pour la station de pompage ainsi que l’ensemble de la réhabilitation de l’ouvrage.

« La charge de travail est satisfaisante et les commandes ont tendance à afficher des budgets plus élevés. »

EES : Quel regard portez-vous sur l’activité ? Y-a-t-il un dynamisme notable sur le marché ?

J. P : Nous avons enregistré une progression de 6-7 % en 2017 et nous pensons être encore en croissance cette année. Nous ne sommes pas présents sur les projets neufs d’envergure comme le Grand Paris, mais nous sentons un regain d’intérêt et d’activité pour les ouvrages souterrains. La charge de travail est satisfaisante et les commandes ont tendance à afficher des budgets plus élevés.
Sur le ferroviaire, les mises au gabarit des tunnels alimentent l’activité ; et en assainissement, il y a bon nombre d’ouvrages fatigués à rénover. Nous sommes donc assez confiants sur le niveau d’activité d’autant plus que nous répondons à des appels d’offres dans toute la France, aussi bien à Avignon qu’à Modane ou à Besançon.

ESS : Pouvez-vous nous donner quelques chiffres clés pour situer l’entreprise ?

J. P : Nous menons une quarantaine de chantiers par an et sommes titulaires d’une vingtaine d’accords-cadres ou marchés à bons de commande. A noter que le développement de cette activité de services est un relais de croissance intéressant.

EES : Avez-vous le personnel suffisant pour faire face ou cherchez-vous à recruter ?

J. P : Nouvetra emploie 95 personnes dont 70 salariés sur les chantiers. Nous avons fait le choix d’avoir un encadrement fort avec 12 chargés d’affaires/conducteurs de travaux pour pouvoir mener des chantiers complexes dans des délais serrés. Nous évitons de faire appel à des sous-traitants ou à de la main d’œuvre étrangère car nous préférons travailler avec notre propre personnel compétent et formé. Nous avons toutefois recours à l’intérim avec des intérimaires que nous avons fidélisés et nous embauchons d’ailleurs par ce biais. Nous avons aujourd’hui une trentaine d’intérimaires.
Il est vrai que le recrutement est un sujet de tous les jours. Nous avons peu de turn-over et nos collaborateurs sont fiers de leur travail, mais ça reste difficile d’attirer dans nos métiers. Il faut travailler dans des égouts, être fréquemment en déplacement, avoir un métier physique, avoir des horaires décalés… Nous avons fait de gros efforts pour réduire la pénibilité, faire progresser la sécurité et améliorer l’environnement de travail avec le traitement de l’air et des poussières, la réduction des nuisances sonores par exemple. Pour trouver nos futurs salariés, nous avons développé une politique de formation en interne avec l’alternance.

EES : Une autre société du groupe Serfim est impliquée dans les activités de travaux souterrains ? Pouvez-vous nous la présenter ?

J. P : La branche Ouvrages d’art du groupe Serfim regroupe Nouvetra, Satif et Satif Ouvrages d’Art. La société Satif, qui compte 15 personnes, est spécialisée dans les travaux subaquatiques. Ses métiers sont la création de forages d’eau, le diagnostic et la régénération de puits et de forages, et les travaux hyperbares et confinés. Les scaphandriers de Satif devraient sans nul doute être impliqués dans les travaux du projet du Grand Paris. Ce sont eux qui interviennent dans les chambres d’attaque des tunneliers pour changer une pièce liée à une avarie ou une usure prématurée de la roue de coupe : molettes, dents, scrapers, rippers, buses d’injection, concasseur. Satif allie une longue expérience de l’hyperbare ainsi que des compétences pointues en soudure et découpage pour les travaux souterrains. Le travail de scaphandriers est très exigeant et technique. Sur place, nous amenons des caissons de recompression thérapeutique.

EES : Un dernier mot sur le groupe Serfim ?

J. P : Serfim est aujourd’hui une ETI de plus de 2 000 salariés et 300 M€ de chiffre d’affaires qui compte 45 implantations dans l’Hexagone. Le groupe, dont les origines remontent à 1875, dispose de savoir-faire dans les métiers des travaux publics, de l’environnement, des technologies de l’information et de la communication, et de l’immobilier. Les différentes sociétés travaillent avec des acteurs publics et privés dans des secteurs aussi variés que la dépollution, l’énergie, l’eau, les ouvrages d’art, la route, le recyclage, l’industrie… et réalisent quelque 7 000 chantiers par an. Serfim est un groupe indépendant dirigé par Guy Mathiolon.

Propos recueillis par Séverine RENARD

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DATES CLEFS

1979 : Création de Nouvetra

1999 : Rachat par le groupe Serfim

2008 : Acquisitions des sociétés Satif et Satif Ouvrages d’Art

DERNIERS CHANTIER

AURILLAC
Réhabilitation des collecteurs des Volontaires pour la Communauté d’Agglomération du Bassin d’Aurillac.
Longueur : 1 200 m
Groupement : Nouvetra (mandataire)/Sade/DPSM
Durée : 12 mois
Montant : 3,5 M€

ROSNY-SOUS-BOIS
Prolongement de la ligne 11 du métro pour le Conseil départemental de Seine-Saint-Denis.
Durée : 8 mois
Montant : 1,2 M€

MÉTROPOLE DE LYON
Chantier Yzeron – Construction d’un collecteur d’assainissement par microtunnelier.
Groupement : Bessac (mandataire) /Nouvetra
Durée : 8 mois
Montant : 2 M€